Les médias ne semblent pas s'intéresser aux Jeux paralympiquesqui se déroulent cette année à Pékin. Des athlètes handicapés de tous les pays du monde y prennent part, notamment des athlètes handicapés physiques ou visuels (amputés, aveugles, infirmes moteurs, cérébraux ou en fauteuil roulant, ou tout autre handicap physique). Ils sont organisés par le Comité international paralympique (et non pas par le Comité international olympique).
Les Jeux paralympiques de Pékin, ouverts dans l'indifférence quasi générale des chaînes de télévisions, entrent dans leur dernière ligne droite sans susciter davantage d'intérêt. Les médailles tombent, la France en a déjà fait une belle moisson : trente-deux, dont sept d'or, seize d'argent et neuf de bronze. Mais qui connaît Assia El'Hannouni, la porte-drapeau de l'équipe de France ?
Malvoyante, elle s'est imposée hier sur 400 m. Qui a entendu parler de David Mercier, le cycliste, de Rachel Lardière, la nageuse, d'Alain Quittet, le handbiker, de Damien Seguin à la voile ou de Florence Gravelier qui joue et gagne au tennis en chaise roulante ? Ces champions hors normes - 4.000 au total, dont 121 Français - ne demandent ni indulgence, ni compassion.
Ils ne réclament d'ailleurs rien. Mais l'on voudrait pour eux qu'ils ne soient pas occultés, que leurs exploits soient montrés, autrement que par un résumé de quelques minutes, quand il ne passe pas purement ou simplement aux oubliettes. N'ont-ils pas mérité eux aussi un coup de projecteur, tous les quatre ans ? Ne sont-ils pas, comme les autres, des héros du sport qui se sont durement entraînés, pour espérer briller ? Aux valides, les contrats, les sponsors, la gloire et le temps d'antenne. Aux amputés, aux paraplégiques, aux aveugles, les miettes. Est-ce l'audimat qui commande ou l'idée que l'on se fait, dans les états-majors de l'audiovisuel, des goûts et des dégoûts du public ? Ces femmes et ces hommes qui dépassent leur handicap pour réaliser des performances seraient moins télégéniques, mais si elle ne les voit pas, ou peu, comment la société pourrait-elle changer son regard sur eux ?
Il y a chez ces sportifs aux corps brisés, qui domptent leur différence, en piscine, sur la piste, dans les matches, le même mental d'acier, la même volonté de se battre, le même enthousiasme, la même abnégation que chez leurs prédécesseurs médiatisés, le même appétit de conquête. Quand ils décrochent des trophées, on aimerait crier victoire avec eux. Mais il faudra d'abord que soient vaincus bien des préjugés.
D'après M. Vagner, de l'Est Républicain